Le 31 octobre marque le vingt-quatrième anniversaire de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies. Adoptée en 2000, cette résolution symbolise un tournant majeur dans l’histoire de la paix et de la sécurité, en reconnaissant l’impact disproportionné des conflits sur les femmes et en insistant sur leur participation essentielle dans la prévention et la résolution des conflits. Pourtant, vingt-quatre ans plus tard, le chemin à parcourir pour une pleine intégration des femmes aux processus de paix reste encore long. Cet article examine les avancées et les défis qui jalonnent la mise en œuvre de la résolution 1325, en s’appuyant sur des données et des études récentes, et propose des axes de renforcement pour les années à venir.
La résolution 1325 repose sur quatre piliers principaux : la participation des femmes aux processus de paix, la protection des femmes contre les violences en temps de conflit, la prévention des conflits en intégrant une perspective de genre, et enfin, le recours à des mesures spécifiques pour répondre aux besoins des femmes dans les situations de post-conflit.
Ces dernières années, la communauté internationale a pris des mesures pour renforcer la mise en œuvre de cet agenda appelé « Femmes, Paix et Sécurité », notamment par l’adoption de Plans d’action nationaux (PAN). Pourtant, bien que 98 États membres de l’ONU aient adopté des PAN à ce jour, l’impact concret de ces plans reste limité. En effet, entre 1992 et 2019, les femmes ne représentent que 13 % des négociateurs*, 6 % des médiateurs* et 6% des signataires* lors des processus de paix à travers le monde. Ce chiffre témoigne d’un fossé persistant entre les engagements pris sur le papier et leur mise en œuvre réelle.
*Sources : ONU Femmes et ONU Femmes France.
La résolution 1325 a contribué à renverser l’image des femmes comme simples victimes des conflits. Elles sont désormais reconnues comme des actrices clés de la paix et de la sécurité. Les femmes sont des actrices indispensables de la paix, participant activement à la reconstruction de leurs communautés et à la consolidation de la paix. Leur implication a des effets tangibles sur la pérennité des accords de paix, ces derniers étant 35 % plus susceptibles de durer au moins 15 ans lorsque les femmes participent aux négociations*.
Cependant, malgré cette reconnaissance croissante, les femmes restent sous-représentées dans les instances de décision, notamment au sein des processus formels de paix. Une étude menée par ONU Femmes montre que les femmes sont souvent reléguées aux rôles informels ou consultatifs, sans réel pouvoir de décision.
*Source : ONU Femmes.
Les avancées dans l’application de la résolution 1325 varient considérablement selon les régions du monde. En Suède, par exemple, la politique étrangère féministe mise en place en 2014 a permis de renforcer la participation des femmes dans les négociations internationales et les processus de paix en se dotant d’un cadre législatif solide pour promouvoir l’égalité dans sa politique extérieure.
Pourtant, alors que l’Etat scandinave est le premier pays au monde à promouvoir la notion de diplomatie féministe, la Suède renonce à cette politique en 2022 lorsque la coalition gouvernementale incluant des partis d’extrême droite arrive au pouvoir. Ce revirement a été officiellement annoncé par la Ministre des Affaires étrangères suédoise, qui a déclaré vouloir recentrer la politique étrangère du pays sur les « intérêts économiques et sécuritaires » du pays, mettant ainsi fin à son engagement unique pour l’égalité des genres sur la scène internationale. Cet exemple illustre un backlash mondial contre les droits des femmes, où les progrès acquis restent vulnérables aux changements politiques et idéologiques.
Le Canada, quant à lui, est également un ardent défenseur de l’agenda Femmes, Paix et Sécurité. Son Plan d’action national, adopté en 2017, insiste sur la « redevabilité multi-étage », un mécanisme permettant de responsabiliser à la fois les acteurs étatiques et non étatiques dans la mise en œuvre de l’agenda. Cependant, malgré les progrès réalisés, ces initiatives restent souvent limitées à des contextes diplomatiques et peinent à se traduire par des changements significatifs sur le terrain, notamment dans les zones de conflit.
La France, de son côté, affiche une ambition de leadership dans la mise en œuvre de la résolution 1325. Toutefois, la mise en place de son Plan d’action national est freinée par des contraintes institutionnelles et un manque de moyens alloués à l’autonomisation des femmes sur le terrain.
Malgré les efforts et les progrès réalisés, plusieurs défis majeurs freinent encore l’application complète de la résolution 1325. Le premier obstacle est la persistance d’une perception essentialiste des femmes dans les conflits, les réduisant souvent au rôle de victimes, plutôt qu’à celui d’actrices capables d’agir de manière significative pour la paix. Cette vision réductrice limite leur participation aux processus décisionnels et ne permet pas de valoriser pleinement leur potentiel en tant que médiatrices et négociatrices.
Un autre obstacle est le manque de coordination entre les actrices et acteurs impliqués dans la mise en œuvre de la résolution 1325. La fragmentation des initiatives et l’absence d’une stratégie globale concertée réduisent l’impact des actions menées, notamment au niveau local. De plus, le manque de ressources financières et humaines dédiées à l’agenda Femmes, Paix et Sécurité limite la portée des efforts entrepris.
Enfin, les femmes restent largement exclues des processus de décision dans de nombreux contextes de conflit. Cela est souvent dû à des traditions patriarcales profondément enracinées, qui freinent l’inclusion des femmes dans les sphères de pouvoir. Comme le souligne le Secrétaire général de l’ONU dans son rapport de 2020 visant à faire le point sur les progrès de la mise en œuvre de la résolution 1325, les femmes continuent de rencontrer d’importantes résistances lorsqu’il s’agit de participer à des négociations de paix formelles.
La multiplication des crises géopolitiques actuelles, comme celles à Gaza, au Liban, au Yémen, au Soudan, en Ukraine et en République démocratique du Congo, représente un défi majeur pour l’agenda Femmes, Paix et Sécurité, en intensifiant les risques et les obstacles rencontrés par les femmes. Dans ces contextes de conflit prolongé, les violences basées sur le genre augmentent, les services de santé et de soutien psychologique s’effondrent, et les efforts pour inclure les femmes dans les négociations de paix se heurtent à des dynamiques de pouvoir militarisées. Ces crises complexifient également la mise en œuvre des actions pour la paix et la sécurité des femmes, car les ressources disponibles sont souvent redirigées vers des réponses d’urgence, limitant ainsi le financement pour des initiatives de long terme en faveur de la participation des femmes dans les processus de paix et de reconstruction.
Face à ces défis, il est crucial d’adopter des mesures renforçant la mise en œuvre de la résolution 1325 et de son agenda. Voici quelques recommandations :
Renforcer les moyens financiers et humains : il est essentiel d’allouer davantage de ressources à la mise en œuvre de la résolution 1325, notamment en matière de financement des Plans d’action nationaux et des initiatives locales visant à promouvoir la participation des femmes dans les processus de paix.
Promouvoir une approche intersectionnelle : pour répondre aux besoins spécifiques des femmes dans les conflits, il est crucial d’adopter une approche intersectionnelle prenant en compte les différentes formes de discrimination subies par les femmes, notamment en fonction de leur origine ethnique, de leur statut socio-économique et/ou de leur orientation sexuelle.
Renforcer la coordination internationale : une meilleure coordination entre les acteur·rice·s internationaux, régionaux et locaux est nécessaire pour garantir une application cohérente de la résolution 1325. Cela implique également un renforcement de la collaboration avec les organisations de la société civile, qui jouent un rôle clé dans la promotion de la paix et de la sécurité au niveau local.
Assurer la participation des femmes aux processus de prise de décision : il est impératif d’adopter des mesures coercitives pour garantir que les femmes soient pleinement représentées dans toutes les instances de décision liées à la paix et à la sécurité. Cela peut passer par l’introduction de quotas ou d’autres mécanismes incitatifs.
Vingt-quatre ans après l’adoption de la résolution 1325, des progrès notables ont été réalisés, mais de nombreux défis persistent. La pleine intégration des femmes dans les processus de paix demeure une condition sine qua non pour une paix durable. En renforçant les moyens alloués à la mise en œuvre de cette résolution et en adoptant une approche plus inclusive, la communauté internationale peut espérer atteindre les objectifs fixés et construire un monde où les femmes jouent un rôle central dans la prévention et la résolution des conflits.
Génération Cinq
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