Le Sommet de l’Avenir s’est tenu les 22 et 23 septembre au siège des Nations Unies, à New York. Grande promesse du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, alors que le monde observe une crise de confiance envers le multilatéralisme onusien, l’objectif du Sommet était de réaffirmer l’engagement des Etats membres envers l’Agenda 2030 et la construction d’un monde plus prospère et inclusif¹. Le cœur du Sommet était, entre autres, constitué des négociations et de l’adoption du Pacte pour le futur, un document d’une trentaine de pages couvrant des enjeux aussi diversifiés que les changements climatiques, l’égalité des genres, les missions de maintien de la paix, l’intelligence artificielle ou encore la finance internationale. Finalement adopté par les pays de l’Assemblée générale le 22 septembre, malgré l’opposition de plusieurs pays comme la Russie, la Syrie, le Nicaragua, le Bélarus, l’Iran ou encore la Corée du Nord² ; le Pacte a toutefois été l’objet de nombreuses déceptions.
Le Pacte est le résultat de plus d’un an de négociations menées par les gouvernements de la Namibie et de l’Allemagne³. Il soulève plusieurs points intéressants et les inégalités entre les pays du Nord et du Sud n’ont jamais été autant d’actualité dans les discussions internationales que celles de ces deux derniers jours.
En effet, le Pacte promet notamment un élargissement de l’inclusivité et de la représentativité du Conseil de sécurité des Nations Unies, ainsi que la tenue de négociations sur l’usage du droit de veto. Si le texte n’affirme pas clairement que le statut spécial des cinq membres permanents du Conseil pourrait être remis en question, il ouvre grand la porte à ces questionnements.
💡 Pour rappel, le Conseil de sécurité est composé de 15 membres, dont cinq membres permanents : Chine, États-Unis d’Amérique, Fédération de Russie, France et Royaume-Uni, et 10 membres élus par l’Assemblée générale pour un mandat de deux ans.
Par ailleurs, un point de plaidoyer important des pays du Sud a porté sur une réforme des institutions financières internationales, pour faciliter l’accès de certains d’entre eux à des financements préférentiels pour faire face notamment aux effets du changement climatique. En effet, ce sont principalement des pays situés dans le Sud global qui font face à ces enjeux : par exemple, les petites îles en développement (small islands developing states) ont une dépendance accrue aux engagements en termes de protection de l’environnement⁴. En effet, le Président de la Micronésie a affirmé :
Le Pacte pour le futur est crucial pour la survie des moyens de subsistance et pour le bien-être de l'humanité, spécialement dans les petites îles en développement comme la mienne.
Président Wesley Simina
L’accès aux financements est également crucial afin de permettre aux pays de répondre efficacement aux conséquences des changements climatiques et de permettre à leurs populations de s’adapter mais aussi de contrer ces effets.
L’égalité des genres et l’autonomisation des femmes et des filles est mentionnée dans sept articles du Pacte⁵. Ceux-ci réaffirment les engagements des Etats membres vis-à-vis de la Plateforme d’action de Beijing, mais aussi à lutter pour plusieurs enjeux :
L’égalité des genres est également mentionnée plusieurs fois dans le Pacte numérique mondial, en annexe, notamment pour adresser le fossé numérique entre les femmes et les hommes au niveau mondial, mais aussi les violences sexistes et sexuelles permises par ces espaces numériques.
Plusieurs diplomates ont affirmé qu’ils et elles étaient déçues du Pacte final. “Idéalement, on aurait espéré de nouvelles idées, des idées 2.0. Mais quand vous avez près de 200 pays qui doivent se mettre d’accord, ça ressemble à un sapin de Noël”, a raconté un diplomate auprès du journal québécois La Presse⁷. Il est ainsi probable que le Pacte ait fait l’objet de nombreuses modifications, faisant suite à des concessions nécessaires entre les Etats membres. Michèle Griffin, la Directrice du Sommet, a toutefois affirmé que le Pacte était plus ambitieux que son brouillon (zero draft) à de nombreux égards. Elle souligne aussi que des accords ont pu être atteints sur de nombreux enjeux, comme le désarmement et la réforme du Conseil de sécurité, mais aussi de nouvelles thématiques comme la gouvernance internationale des technologies émergentes telles que l’IA⁸.
Pour rappel, les documents adoptés par l’Assemblée générale des Nations Unies ne sont pas contraignants en droit international, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas obligatoires mais disposent d’une valeur morale, symbolique ou politique. Ainsi, il faudra surveiller de près l’application du Pacte par nos pays respectifs, afin d’assurer la mise en œuvre de ses principes. La société civile aura un rôle clé à jouer dans les années à venir, permettant à ces engagements forts de trouver un ancrage dans le monde réel.
Pour conclure, chaque évènement onusien est l’occasion de rappeler que de grands progrès sont encore à faire en termes d’inclusivité et de représentativité parmi les personnes participantes. En effet, trop de jeunes personnes demeurent exclues de ces instances en raison des restrictions importantes de visa pour entrer aux Etats-Unis, ou encore des coûts exorbitants associés à un séjour dans une des villes les plus chères du monde. De nombreuses conversations difficiles ont lieu sans les personnes qu’elles concernent en premier lieu, ce qui crée un doute sur le potentiel transformateur de ce type de rencontres de haut niveau. Ce manque d’inclusion a été décrié par plusieurs jeunes activistes, qui ressentent une fatigue en raison de la difficulté d’accéder à ces espaces onusiens. Il est impossible de ne pas mentionner que plusieurs conflits actuels ne sont pas évoqués ou seulement à demi-mots, comme ceux en cours en Palestine, au Soudan ou encore à l’Est de la République démocratique du Congo.
Il reste à espérer que le Sommet de l’Avenir aura ouvert la porte à une Organisation des Nations Unies plus représentative du monde auquel elle est censée offrir un forum libre et démocratique. N’hésitez pas à nous partager vos opinions en commentaires.
Génération Cinq
Restez informé·e de toutes les actualités de notre association en consultant régulièrement notre fil d’actualités. Vous pouvez également vous abonner gratuitement et recevoir par courriel des alertes pour vous avertir de nos nouvelles publications. À très vite !