30 ans après la Conférence mondiale pour les droits des femmes qui s’est tenue à Beijing en 1995, l’égalité des genres reste encore un idéal à atteindre. Face au backlash mondial contre nos droits, Génération Cinq vous propose une analyse de la CSW entre avancées notables et reculs préoccupants.
La 69e session de la Commission sur la condition des femmes (CSW69) s’est tenue du 10 au 21 mars 2025 au siège des Nations unies, à New york, dans un contexte particulier : celui de la commémoration des 30 ans de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing, adoptés en 1995. Cette plateforme historique a marqué un tournant pour l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes et des filles à l’échelle mondiale. Trois décennies plus tard, les États membres de l’Organisation des Nations unies (ONU) ont renouvelé leurs engagements à défendre les droits et les libertés de toutes les femmes et filles, tout en prenant acte des progrès réalisés et des défis persistants.
Au fil des décennies, la Déclaration de Beijing a constitué un texte politique qui a servi de référence pour de nombreux gouvernements, organisations de la société civile et institutions internationales. Pourtant, le constat reste mitigé : si des avancées notables ont été observées dans certains domaines comme l’éducation des filles ou la représentation politique des femmes, des reculs inquiétants sont aussi à signaler, notamment sur les droits reproductifs dans plusieurs pays du monde.
Lors de cette session, les États membres de l’ONU ont adopté une déclaration politique réaffirmant leur attachement aux principes de Beijing et la nécessité d’accélérer leur mise en œuvre. Parmi les avancées mises en avant figurent :
Toutefois, la mise en œuvre concrète de ces engagements demeure incomplète en raison d’un manque de mécanismes de suivi et de financements adéquats. Plusieurs organisations féministes ont souligné l’absence de mesures contraignantes, ce qui rend ces engagements peu effectifs dans la réalité. Actuellement, seule la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF, 1979) et les résolutions du Conseil de sécurité, comme la 1325 (Femmes, Paix et Sécurité) et la 2250 (Jeunes, Paix et Sécurité) sont contraignantes au regard du droit international. Malgré cela, le fait que de nombreux pays, comme les Etats-Unis par exemple, n’aient pas ratifié la CEDEF, leur permet de s’y soustraire en toute légalité. Par ailleurs, le Conseil de sécurité ne dispose pas de mécanismes juridiques pour adéquatement sanctionner le non-respect des résolutions ; ainsi, même si celles-ci sont légalement contraignantes, leur respect n’est pas garanti.
Si la déclaration politique a été adoptée, elle a néanmoins suscité des dissensions, notamment avec la prise de position des États-Unis qui a exprimé des désaccords sur certains aspects du texte. L’administration états-unienne a notamment contesté certaines références aux droits sexuels et reproductifs, un recul préoccupant pour les défenseur·e·s des droits humains fondamentaux. Elle a également déploré la diffusion de « l’idéologie de genre » et mentionné qu’elle était déçue que l’égalité entre les femmes et les hommes n’ait pas été abordée d’un point de vue biologique. Cette divergence illustre les tensions croissantes au sein des instances multilatérales sur les questions de genre, dans un contexte où plusieurs gouvernements adoptent des positions conservatrices voire rétrogrades et illustrent un backlash mondial inquiétant.
Au-delà des divergences entre États, la société civile a joué un rôle clé en appelant à des engagements plus ambitieux et concrets. De nombreuses militantes ont dénoncé la lenteur des avancées et le manque de financements dédiés aux politiques d’égalité des genres. Celles-ci ont aussi souligné le manque de participation des jeunes et notamment issu·e·s des pays du Sud global. Il s’agit d’une critique de fond, qui est faite chaque année aux Nations Unies. Les conférences onusiennes à New York demeurent inaccessibles pour de nombreuses personnes et communautés dont le passeport ne permet pas d’obtenir un visa pour les Etats-Unis, par exemple, ou dont les frais de voyage sont exorbitants et au-delà de leurs moyens. En parallèle, plusieurs pays ont insisté sur la nécessité d’adapter la Déclaration de Beijing aux nouveaux défis du XXIe siècle, notamment les violences en ligne, les discriminations dans le numérique et l’impact des crises climatiques sur les femmes et les filles.
En tant qu’association engagée pour l’égalité des genres et la justice sociale, Génération Cinq formule les recommandations suivantes pour assurer une mise en œuvre effective des engagements pris lors de la CSW69 :
Trente ans après la Conférence de Beijing, la 69e session de la CSW montre que l’égalité des genres reste un combat inachevé puisqu’aucun pays au monde ne l’a atteint actuellement. Si des progrès ont été réalisés, les résistances demeurent fortes, notamment sur les questions de droits reproductifs et d’autonomisation économique des femmes. La mise en œuvre des engagements pris durant cette session dépendra largement de la volonté politique des États et de la mobilisation continue des organisations de la société civile.
Les militantes féministes et les ONG continuent d’exiger des mécanismes de suivi plus rigoureux et des financements concrets pour les initiatives en faveur de l’égalité des genres. Elles rappellent que sans actions concrètes, la Déclaration de Beijing risque de rester un cadre symbolique avec un impact mitigé sur la vie des femmes et des filles à travers le monde.
Le chemin vers l’égalité est encore long, mais cette session rappelle l’importance de maintenir la pression pour que les promesses se traduisent en actions durables et tangibles. Il appartient à nos générations et aux suivantes de poursuivre ce combat avec vigilance et détermination.
Génération Cinq
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